IA et découvrabilité scientifique :

enjeux pour la francophonie​

Jeudi 30 avril 2026

UQAM, Montréal (Québec), Canada

– ÉVÉNEMENT HYBRIDE –

Dynamiques linguistiques et production scientifique​

de 9h45 à 10h45

9h45 - 10h05 | L’anglais, lingua franca des thèses et mémoires au Québec depuis 2022
Jean-Hugues Roy – Université du Québec à Montréal (UQAM)
Olivier Santerre – Université de Sherbrooke (UdeS) et Plateforme en humanités numériques (PHuN)
Jérémie Dion – Université du Québec à Montréal (UQAM) et Bureau des initiatives numériques (BIN)

La communication présentera les résultats d’une analyse exhaustive portant sur la langue de la production scientifique aux cycles supérieurs au Québec depuis l’an 2000. L’étude s’est penchée sur un corpus de près de 130 000 documents issus de 17 des 18 universités québécoises. Elle a utilisé une méthodologie inédite de détection automatisée de la langue page par page (environ 21,5 millions de pages au total).

Cette approche permet notamment de mieux rendre compte des thèses par articles, où français et anglais coexistent souvent dans un même document. Mais elle demeure imparfaite. La présentation proposera deux manières d’améliorer la mesure de la place de chaque langue dans une prochaine version de cette recension.

Le constat principal est un point de bascule préoccupant : en 2022, pour la première fois, l’anglais a dépassé le français en termes de volume de pages publiées dans l’ensemble des thèses et mémoires, une tendance qui s’est accentuée en 2023 et 2024.

Même si on les situe dans un contexte international où la lingua franca de la science est l’anglais, les résultats confirment l’érosion progressive du français dans la production scientifique aux cycles supérieurs au Québec, même dans des universités francophones. Ils invitent à une réflexion sur l’enjeu central pour la société québécoise : dans quelle langue désire-t-elle que sa culture scientifique soit exprimée et diffusée?

Présenté par
Jean-Hugues Roy est professeur de journalisme de données à l’École des médias de l’UQAM. Il s’intéresse depuis 2016 à la langue utilisée dans les thèses et mémoires du Québec et a publié trois études antérieures sur le sujet.
Jérémie Dion est étudiant au doctorat en science, technologie et société à l’UQAM. Ses recherches portent sur la production savante et le financement public de la recherche. Il s’intéresse particulièrement aux logiciels développés et publiés par des universitaires. Il coordonne certains projets et services du Bureau des initiatives numériques (BIN) et de la Plateforme en humanités numériques (PHuN).
10h05 - 10h25 | Enjeux de découvrabilité et d’IA et paradoxes de stratégies publiques de financements appauvrissant et marginalisant les revues scientifiques francophones publiques
Louise Vandelac – Université du Québec à Montréal (UQAM) et VertigO
Marie-Alice Couturier – Université du Québec à Montréal (UQAM) et VertigO

L’évaluation scientifique par les pairs, socle même de la validation de la recherche, est la responsabilité première des revues scientifiques. Or, ce travail de validation, animation, publication et diffusion est de très loin, le plus sous-financé et le plus menacé de l’écosystème de recherche public francophone.

Depuis 2008, au Québec les financements du FQRSC et du CRSH, ignorant l’inflation et les hausses salariales des employés-es, ont perdu près de 40% de leur valeur, alors que le nivellement des subventions, inférieures à des bourses de maîtrise, ne tenant compte ni du nombre d’articles et de numéros publiés, ni de l’importance du lectorat, pénalise les revues les plus performantes. Enfin, alors que des dizaines de millions de dollars par an, passent des fonds de recherche et des bibliothèques publiques aux revues commerciales anglophones, les fonds privilégient du côté des revues publiques francophones des mini revues publiant de 3 ou 6 articles par an à un maximum de 21 articles.

Publier en libre accès depuis 25 ans, de 70 à 100 articles scientifiques par an comme le fait VertigO, la revue internationale en sciences de l’environnement pour un lectorat européen, africain et nord-américain de près d’un million de personnes, exige d’être attentifs aux enjeux de découvrabilité. Cela inclut les allocations de fonds qui leur sont destinés via les plateformes et les regroupements, alors que le travail premier des revues scientifiques, dont l’ampleur, la rigueur et la régularité des flux de publication est la base même de toute découvrabilité, est pénalisé. Quant à l’IA, c’est pour l’instant, surtout une source importante de surtravail, à la charge entière d’équipes déjà surchargées.

Présenté par


Louise Vandelac est professeure titulaire au Département de sociologie et à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle est directrice de VertigO, la revue internationale en sciences de l’environnement, première revue scientifique de la francophonie (CRSH FQRSC, Open Edition, Érudit) qui hébergera bientôt une revue en Santé, environnement et politiques publiques (FQRS).

Fondatrice et directrice du CREPPA (FQRSC), un collectif d’une quarantaine de chercheurs-es sur les pesticides, les politiques et les alternatives, et chercheure au CINBIOSE, CIAPE et Cerrev (Un. de Caen), ses travaux interdisciplinaires sur les enjeux d’environnement, de santé, de systèmes agro-alimentaires, de technosciences, de mutations du vivant et de politiques publiques, reconnus par plusieurs prix, l’ont amenée à co-réaliser 2 documentaires pour l’ONF et à être membre de quatre regroupements stratégiques de recherche : RQRAD (Agriculture), CentrEau (Eau), CIRODD (Dév. durable), CARES (santé publique).

10h25 - 10h45 | Peut-on encore discuter de « l’IA » entre nous?
Sophie Bretagnolle – Chaire de recherche du Québec sur la Découvrabilité des contenus scientifiques en français
En 2022, OpenAI a présenté son agent conversationnel d’intelligence artificielle, ChatGPT. Depuis, d’autres agents conversationnels similaires ont vu le jour (Gemini, Claude, Copilot…) et leurs capacités de génération de texte, d’images ou encore de musique ont largement été commentées. De nombreux secteurs sont affectés si bien que l’adoption de cette technologie est devenue un sujet récurrent apportant parfois son lot de fatigue et de tensions. En plus d’être un sujet récent et changeant, celui-ci soulève des questions demandant des connaissances dans une panoplie de domaines tels que l’informatique, la psychologie, l’économie ou encore les sciences politiques. Or, dans plusieurs de ces domaines, les publications sont encore peu nombreuses. Ainsi, il semble difficile de développer des argumentaires fondés sur un début de consensus scientifique ou encore de maîtriser l’ensemble des éléments pouvant intervenir dans les échanges que nous avons avec nos proches ou nos collègues, au point où l’on se demande si toute discussion n’est pas stérile.
 
L’atelier « Argumenter dans le dialogue » développé dans le cadre de la Chaire de recherche du Québec sur la Découvrabilité des contenus scientifiques en français tente de proposer des outils inspirés de la philosophie des sciences pour naviguer dans ces discussions laborieuses. Loin d’être une méthode magique, une courte présentation de ces outils sera faite avant d’ouvrir des échanges plus dynamiques avec l’audience pour tenter de les appliquer à des situations concrètes.
Présenté par
Sophie Bretagnolle a obtenu son doctorat en philosophie des sciences en 2025 (UQAM-Sorbonne Université) en se spécialisant en épistémologie sociale.